Partout sur la planète, des espèces animales déclinent à un rythme inquiétant, au point que de nombreux scientifiques parlent d'une sixième extinction de masse, la première qui serait causée par une seule espèce, la nôtre. Les grands félins, les éléphants, les gorilles, mais aussi des amphibiens, des insectes, des oiseaux et des poissons bien moins médiatisés figurent sur les listes d'animaux en voie de disparition. Pourquoi tant d'espèces sont-elles menacées ? Les causes sont multiples, mais elles ont presque toutes un point commun : l'activité humaine. Destruction des habitats naturels, surexploitation, changement climatique, pollution et introduction d'espèces envahissantes se combinent et se renforcent mutuellement. Comprendre ces mécanismes est indispensable pour agir, d'autant que la situation n'est pas sans issue : certaines espèces sont revenues de loin grâce à des efforts de protection déterminés, à l'image de le gorille des montagnes, dont les effectifs ont progressé depuis quelques décennies au point d'améliorer son statut sur la Liste rouge. Cet article explique ce que signifie l'expression « en voie de disparition », passe en revue les grandes causes du déclin des animaux et présente les principaux leviers qui permettent de les protéger.

Qu'appelle-t-on un animal en voie de disparition ?

Un animal en voie de disparition est une espèce dont les effectifs ou l'aire de répartition ont tellement diminué qu'elle risque de s'éteindre, à l'état sauvage ou totalement, dans un avenir plus ou moins proche. Pour mesurer ce risque de façon rigoureuse, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publie depuis les années 1960 la Liste rouge des espèces menacées, devenue la référence mondiale. Chaque espèce évaluée est classée dans une catégorie, selon des critères précis : vitesse de déclin, taille de la population, étendue de son aire de répartition ou probabilité d'extinction calculée. Trois catégories correspondent aux espèces dites « menacées » : vulnérable, en danger et en danger critique. Des dizaines de milliers d'espèces animales et végétales y figurent aujourd'hui, et leur nombre augmente à mesure que les évaluations progressent. L'extinction est un phénomène naturel, puisque l'immense majorité des espèces ayant vécu sur Terre ont disparu, mais le rythme actuel est jugé très supérieur au rythme de fond observé dans les archives fossiles. En 2019, la plateforme intergouvernementale IPBES estimait qu'environ un million d'espèces animales et végétales étaient menacées d'extinction, dont beaucoup dans les prochaines décennies.

Échelle animée des catégories de la Liste rouge de l'UICN, de préoccupation mineure à éteinte, avec les trois catégories d'espèces menacées mises en évidenceLa Liste rouge de l'UICN : du moins au plus menacéLCPréoccupationmineureNTQuasimenacéeVUVulnérableENEn dangerCREn dangercritiqueEWÉteinte àl'état sauvageEXÉteinteEspèces dites « menacées »Risque d'extinction croissantDD = données insuffisantes, NE = non évaluée
On parle d'animal « en voie de disparition » pour les espèces classées vulnérables, en danger ou en danger critique sur la Liste rouge de l'UICN.
Catégorie UICNSignificationStatut
Préoccupation mineure (LC)Espèce répandue, sans risque particulier identifiéNon menacée
Quasi menacée (NT)Proche des seuils de menace, à surveillerNon menacée
Vulnérable (VU)Risque élevé d'extinction à l'état sauvageMenacée
En danger (EN)Risque très élevé d'extinction à l'état sauvageMenacée
En danger critique (CR)Risque extrêmement élevé d'extinctionMenacée
Éteinte à l'état sauvage (EW)Ne survit qu'en captivité ou hors de son aire d'origineDisparue de la nature
Éteinte (EX)Aucun doute raisonnable sur la mort du dernier individuDisparue

La perte d'habitat, première cause de disparition des animaux

La destruction des habitats naturels est la principale cause de la disparition des animaux. Pour vivre, se nourrir et se reproduire, chaque espèce a besoin d'un milieu précis : une forêt, une prairie, une zone humide, un récif. Or ces milieux reculent sous l'effet de l'expansion humaine. La déforestation en est l'exemple le plus visible : dans les régions tropicales, des surfaces considérables de forêts sont abattues pour faire place à l'élevage, aux cultures de soja ou de palmier à huile et à l'exploitation du bois, détruisant l'habitat de singes, d'oiseaux, de reptiles et d'innombrables insectes, tout en perturbant le cycle de l'eau et en favorisant l'érosion des sols. L'urbanisation et l'étalement des zones industrielles et commerciales grignotent également les espaces naturels : quelques espèces s'adaptent à la ville, mais la plupart ne peuvent pas survivre dans ces environnements artificiels. Les mines, les barrages et l'agriculture intensive, avec ses grandes monocultures et l'arrachage des haies, transforment à leur tour des paysages entiers. L'assèchement des zones humides, parmi les milieux les plus riches et les plus menacés du monde, prive enfin oiseaux migrateurs, amphibiens et poissons de leurs refuges et de leurs zones de reproduction.

Animaux en voie de disparition : la perte d'habitat liée à la déforestation

La fragmentation, un piège invisible

Même lorsqu'un habitat ne disparaît pas totalement, il peut être découpé en fragments par les routes, les voies ferrées, les champs ou les lotissements. Cette fragmentation isole les populations animales les unes des autres, dans des îlots de nature parfois trop petits pour fournir assez de nourriture ou de partenaires. Les animaux qui ne peuvent pas se déplacer facilement d'un fragment à l'autre se retrouvent piégés : les échanges génétiques diminuent, la consanguinité augmente, les maladies se propagent plus facilement et une simple catastrophe locale, un incendie, une épidémie ou un hiver rigoureux, peut suffire à faire disparaître une population entière. Les routes elles-mêmes tuent chaque année un nombre considérable d'animaux, des hérissons aux grands mammifères, et dressent des barrières infranchissables pour de nombreuses espèces. Les grands prédateurs, qui ont besoin de vastes territoires, et les espèces migratrices, qui doivent relier des sites éloignés, sont particulièrement touchés. Pour limiter ces effets, les écologues recommandent de préserver et de restaurer des corridors écologiques, comme les haies, les bandes boisées, les cours d'eau ou les passages à faune aménagés au-dessus ou au-dessous des routes, que la France intègre dans sa politique de trame verte et bleue.

Infographie animée des cinq grandes causes de déclin des animaux selon l'IPBES : changement d'usage des terres et des mers, exploitation directe, changement climatique, pollution et espèces exotiques envahissantesLes cinq grandes causes de déclin des animaux(classées par ordre d'importance globale selon l'IPBES, 2019)1. Changement d'usage des terres et des mersdéforestation, agriculture, urbanisation2. Exploitation directesurpêche, chasse, braconnage, trafic3. Changement climatiqueréchauffement, sécheresses, acidification4. Pollutionpesticides, plastiques, eaux usées, lumière5. Espèces exotiques envahissantesprédateurs, concurrents, maladies
Les causes de disparition des animaux se combinent souvent : une espèce affaiblie par la perte de son habitat résiste moins bien au climat, à la pollution ou aux espèces invasives.

Le changement climatique, accélérateur de la disparition des animaux

Le changement climatique constitue une menace croissante pour les animaux du monde entier. La hausse des températures, la multiplication des événements extrêmes, la montée du niveau de la mer et l'acidification des océans bouleversent les écosystèmes plus vite que de nombreuses espèces ne peuvent s'adapter. Le réchauffement perturbe les cycles de vie : des oiseaux migrateurs arrivent trop tard pour profiter du pic d'abondance des insectes dont ils nourrissent leurs petits, des fleurs s'ouvrent avant le réveil de leurs pollinisateurs, et chez certaines tortues marines, dont le sexe des petits dépend de la température du sable, les naissances deviennent majoritairement femelles. Les espèces des pôles et des montagnes, qui ne peuvent pas migrer plus au nord ou plus haut, sont en première ligne : la fonte de la banquise arctique et antarctique menace ainsi les ours polaires, les phoques et certains manchots qui en dépendent pour chasser ou se reproduire. Les sécheresses réduisent l'eau et la nourriture disponibles, les incendies et les tempêtes détruisent nids et abris, et la montée des eaux submerge les mangroves et les marais côtiers. En mer, les vagues de chaleur provoquent le blanchissement des coraux, véritables pouponnières de l'océan.

Animaux en voie de disparition : les effets du changement climatique

Pollution : comment elle pousse des animaux vers la disparition

La pollution de l'air, de l'eau et des sols agit souvent de manière discrète, mais ses effets sur la faune sont considérables. Les pesticides et les produits chimiques utilisés dans l'agriculture, l'industrie et les ménages s'accumulent dans l'environnement et se concentrent le long des chaînes alimentaires : au XXe siècle, l'insecticide DDT a ainsi provoqué l'amincissement de la coquille des œufs de nombreux rapaces, comme le faucon pèlerin, entraînant l'effondrement de leurs populations avant son interdiction. Aujourd'hui, les insecticides de la famille des néonicotinoïdes sont mis en cause dans le déclin des abeilles et des insectes pollinisateurs, et indirectement des oiseaux qui s'en nourrissent. La pollution de l'eau par les nitrates, les eaux usées et les rejets industriels asphyxie rivières et littoraux, provoquant des proliférations d'algues et des zones mortes privées d'oxygène. Les plastiques sont ingérés par les tortues marines, les oiseaux de mer et les cétacés, ou les piègent dans des filets abandonnés. D'autres formes de pollution sont moins connues : la pollution lumineuse désoriente les oiseaux migrateurs, les insectes nocturnes et les jeunes tortues marines, et le bruit sous-marin des navires gêne la communication des baleines et des dauphins.

Animaux en voie de disparition : la pollution des milieux naturels

Surpêche, chasse et trafic : la surexploitation, cause de disparition

La surexploitation consiste à prélever des animaux plus vite que leurs populations ne peuvent se renouveler. En mer, la surpêche a fait chuter de nombreux stocks de poissons, à l'image de la morue de Terre-Neuve, dont l'effondrement au début des années 1990 a entraîné un moratoire sur sa pêche. Les poissons jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes marins, comme proies pour d'autres espèces et comme régulateurs du plancton, et leur raréfaction se répercute sur toute la chaîne alimentaire. Les captures accessoires, ces animaux pris involontairement dans les filets, menacent également dauphins, tortues, requins et oiseaux marins. Sur terre, la chasse excessive et le braconnage ont déjà conduit à de nombreuses extinctions, comme celle du pigeon migrateur nord-américain, qui comptait des milliards d'individus au XIXe siècle et dont le dernier représentant est mort en captivité en 1914. Le trafic d'espèces sauvages, l'un des commerces illégaux les plus lucratifs au monde, alimente la demande en ivoire, en cornes de rhinocéros, en écailles de pangolin ou en animaux de compagnie exotiques. La surexploitation fragilise aussi les communautés humaines qui dépendent de la pêche ou de la chasse pour leur subsistance.

Animaux en voie de disparition : la surpêche des océans

Espèces envahissantes et maladies : des causes de disparition méconnues

L'introduction, volontaire ou accidentelle, d'espèces dans des milieux où elles n'ont pas évolué peut avoir des conséquences dévastatrices. Ces espèces exotiques envahissantes disposent souvent d'avantages décisifs sur la faune locale : absence de prédateurs naturels, reproduction rapide, régime alimentaire varié. Les îles y sont particulièrement vulnérables, car leurs espèces ont évolué à l'abri des grands prédateurs. Les rats, les chats et les chèvres introduits par les navigateurs ont ainsi décimé des oiseaux, des reptiles et des plantes sur d'innombrables îles, et le célèbre dodo de l'île Maurice a disparu au XVIIe siècle sous l'effet combiné de la chasse et des animaux introduits. Sur l'île de Guam, un serpent arboricole arrivé accidentellement après la Seconde Guerre mondiale a fait disparaître la plupart des oiseaux forestiers. Les plantes envahissantes transforment quant à elles les habitats et réduisent les ressources disponibles. Les maladies transportées par l'homme comptent aussi parmi les menaces majeures : un champignon microscopique, le chytride, a provoqué le déclin de centaines d'espèces d'amphibiens dans le monde, et le varroa, un acarien parasite venu d'Asie, affaiblit fortement les colonies d'abeilles domestiques.

Animaux en voie de disparition : les espèces envahissantes

Comment protéger les animaux en voie de disparition ?

Face à ces menaces, il est possible d'agir, et de nombreux exemples montrent que la protection porte ses fruits. La création d'aires protégées, terrestres et marines, préserve les habitats et offre des refuges aux espèces menacées ; la restauration des milieux dégradés, comme la replantation de forêts ou la remise en eau de zones humides, leur rend de l'espace. La réglementation joue un rôle clé : la convention de Washington, ou CITES, encadre depuis les années 1970 le commerce international des espèces sauvages, et les lois nationales protègent de nombreux animaux. Les programmes de conservation, qui associent élevage en captivité, réintroduction et suivi scientifique, ont permis de sauver des espèces au bord de l'extinction, comme le condor de Californie ou le cheval de Przewalski, et le retour naturel de certaines espèces, à l'image du loup ou du castor en Europe, témoigne de la capacité de la nature à se reconstituer lorsqu'on lui en laisse la possibilité. Chacun peut aussi contribuer à son échelle, en réduisant son empreinte écologique, en consommant de manière responsable, en refusant les souvenirs issus d'espèces protégées et en soutenant les associations de protection. Dans les océans, des espèces spectaculaires comme la raie manta, longtemps victime de la pêche, bénéficient désormais d'une protection internationale qui laisse espérer un redressement.