Le baccara est un jeu de cartes de casino dans lequel on ne s'affronte pas vraiment entre joueurs : on parie sur l'issue d'un duel entre deux mains, celle du « joueur » et celle du « banquier », en cherchant à deviner laquelle approchera le plus du total de neuf points. Sous ses airs de jeu réservé aux salons feutrés et aux grosses fortunes, il repose sur des règles d'une grande simplicité, puisque le parieur n'a presque aucune décision à prendre une fois sa mise posée : les cartes sont tirées selon un barème fixe et le hasard fait le reste. Ce caractère mécanique explique à la fois son succès dans les casinos du monde entier, en particulier en Asie, et la fascination qu'il exerce sur les amateurs de calcul, car chaque coup peut se décrire en termes de les probabilités avec une précision rare. Le baccara a aussi une riche histoire culturelle, du roman d'espionnage au cinéma, et son nom a fini par désigner, dans la langue courante, le fait d'obtenir un résultat nul. Cette définition présente son origine, le calcul des points, le déroulement d'une partie, les gains, l'avantage de la maison et la place du jeu dans l'imaginaire collectif.
Qu'est-ce que le baccara ? Définition du jeu de cartes
Le baccara appartient à la famille des jeux de casino dits « de contrepartie », c'est-à-dire que les parieurs jouent contre l'établissement ou, dans certaines variantes, contre l'un d'entre eux qui tient la banque. Il se pratique le plus souvent avec un sabot contenant six à huit jeux de 52 cartes mélangés, ce qui rend le comptage des cartes à peu près inutile. À chaque coup, deux mains sont distribuées, appelées traditionnellement le Joueur (en anglais Player, en italien Punto) et le Banquier (Banker, Banco). Le parieur choisit de miser sur l'une ou l'autre, ou encore sur l'égalité entre les deux. Il ne joue donc pas « sa » main au sens où on l'entend au poker : il soutient un camp, un peu comme on parie sur un cheval. Cette particularité fait du baccara un jeu de pur hasard pour le parieur moderne, dans lequel aucune stratégie ne permet de renverser l'avantage du casino, contrairement à certains jeux où l'habileté compte. Le mot s'écrit sans « t » final lorsqu'il désigne le jeu, ce qui le distingue de Baccarat, la ville de Meurthe-et-Moselle célèbre pour ses cristalleries, avec laquelle il n'a aucun lien, et de la rose Baccara, une variété de rose rouge qui doit son nom au jeu.

D'où vient le baccara ? Origine du jeu et de son nom
L'origine du baccara reste discutée et entourée de légendes. Une tradition souvent répétée l'attribue à l'Italie de la fin du Moyen Âge, d'où le jeu serait passé en France à la faveur des guerres d'Italie, à la fin du XVe siècle, pour séduire la noblesse ; d'autres historiens du jeu rappellent qu'il existait en Europe de nombreux jeux de cartes fondés sur un total à atteindre, et qu'il est difficile de désigner un inventeur ou une date précise. Ce qui est mieux établi, c'est que le baccara connaît une grande vogue en France au XIXe siècle, dans les cercles de jeu et les stations balnéaires, sous deux formes principales : le baccara chemin de fer, où la banque passe d'un joueur à l'autre autour de la table, et le baccara à deux tableaux. Le nom viendrait de l'italien baccarà, que l'on rattache généralement au sens de « zéro » ou de « rien », en référence à la valeur nulle des figures et des dix. Cette idée de néant a d'ailleurs survécu dans l'expression « faire baccara », qui signifie obtenir zéro point, et plus largement échouer complètement. La version la plus jouée aujourd'hui dans les casinos, le punto banco, s'est quant à elle développée au XXe siècle sur le continent américain avant de conquérir Las Vegas puis Macao.
Comment compter les points au baccara ?
Le calcul des points constitue la seule vraie difficulté du baccara pour un débutant, et il se maîtrise en quelques minutes. Les cartes de 2 à 9 valent leur valeur faciale, l'as vaut 1 point, tandis que le 10, le valet, la dame et le roi valent zéro point. On additionne ensuite les cartes de la main, mais on ne garde que le chiffre des unités : autrement dit, on retire 10 dès que le total dépasse 9. Une main composée d'un 7 et d'un 8 fait 15, donc vaut 5 ; une paire de 6 fait 12 et vaut 2 ; un 9 accompagné d'un as fait 10 et vaut 0, ce qui en fait la pire main possible, le fameux « baccara ». Le total d'une main est donc toujours compris entre 0 et 9, et le meilleur score est le 9, suivi du 8. Lorsqu'une des deux mains obtient 8 ou 9 avec ses deux premières cartes, on parle d'un naturel : le coup s'arrête immédiatement et aucune troisième carte n'est tirée. Cette règle du chiffre des unités, que les mathématiciens appellent un calcul « modulo 10 », explique pourquoi une main ne peut jamais « sauter » comme au blackjack : on ne dépasse jamais la limite, on repart simplement de zéro.
Comment se déroule une partie de baccara ?
Une partie de baccara en version punto banco commence par les mises : chaque parieur dépose ses jetons sur la case Joueur, Banquier ou Égalité, dans les limites fixées par la table. Le croupier distribue ensuite deux cartes face visible à chacune des deux mains, en alternant. On calcule les totaux, et si l'une des mains présente un naturel, le coup est terminé. Sinon, la règle du tirage de la troisième carte s'applique automatiquement, sans que personne n'ait à choisir. La main du Joueur est servie en premier : avec un total de 0 à 5, elle reçoit une troisième carte ; avec 6 ou 7, elle reste. La main du Banquier obéit ensuite à un tableau plus subtil, qui dépend à la fois de son propre total et de la troisième carte éventuellement reçue par le Joueur. Si le Joueur est resté à deux cartes, le Banquier tire avec 0 à 5 et reste avec 6 ou 7. S'il a tiré, le Banquier tire toujours avec 0, 1 ou 2, reste toujours avec 7, et entre les deux sa décision dépend de la carte adverse, comme le résume le tableau ci-dessous. Une fois les cartes posées, la main la plus proche de 9 l'emporte, et les mises sont payées ou ramassées par le croupier.
| Total du Banquier | Il tire une troisième carte si la 3e carte du Joueur est… | Il reste si la 3e carte du Joueur est… |
|---|---|---|
| 0, 1 ou 2 | n'importe quelle carte | jamais |
| 3 | toute carte sauf un 8 | un 8 |
| 4 | 2, 3, 4, 5, 6 ou 7 | as, 8, 9 ou figure/10 |
| 5 | 4, 5, 6 ou 7 | as, 2, 3, 8, 9 ou figure/10 |
| 6 | 6 ou 7 | toute autre carte |
| 7 | jamais | toujours |
Chemin de fer, baccara banque et punto banco : les variantes
Le punto banco n'est que la plus répandue des formes du jeu. Dans le chemin de fer, variante française restée attachée à l'image des casinos de la Belle Époque, la banque est tenue à tour de rôle par l'un des joueurs assis, qui l'abandonne à son voisin lorsqu'il perd, à la manière d'un train qui passe d'une gare à l'autre, d'où probablement le nom. Les participants y disposent d'une petite marge de décision, notamment sur le tirage de la troisième carte lorsque le total est de 5, ce qui laisse une place minime au jugement. Le baccara banque, ou baccara à deux tableaux, oppose un banquier à deux mains de joueurs placées de part et d'autre de la table, et se pratique surtout dans quelques casinos européens. Il existe enfin des versions rapides, comme le mini-baccara, joué sur une petite table avec des mises plus modestes, et des déclinaisons électroniques ou en ligne. Malgré ces différences, le principe reste le même partout : deux mains, des cartes comptées modulo 10 et une course vers le 9. C'est ce socle commun qui permet de passer d'une variante à l'autre sans avoir à réapprendre le jeu.

Quels sont les gains et l'avantage du casino au baccara ?
Les gains au baccara suivent un barème simple, avec de légères variations selon les établissements. Une mise gagnante sur le Joueur est payée à égalité, un pour un. Une mise gagnante sur le Banquier est également payée un pour un, mais le casino prélève en général une commission de 5 % sur ce gain, ce qui revient à payer environ 0,95 pour 1. Le pari sur l'égalité est le plus généreux en apparence, souvent payé 8 pour 1, parfois 9 pour 1, et lorsqu'une égalité survient, les mises placées sur le Joueur et le Banquier sont en principe rendues. Cette commission sur la banque n'a rien d'arbitraire : à cause des règles de tirage, la main du Banquier gagne un peu plus souvent que celle du Joueur, et le prélèvement rétablit l'équilibre en faveur de la maison. Au bout du compte, l'avantage du casino sur les mises Banquier et Joueur est faible, de l'ordre de 1 % environ, ce qui fait du baccara l'un des jeux de casino les moins défavorables au parieur. Le pari sur l'égalité, en revanche, est nettement plus coûteux sur la durée, car l'égalité est rare et le paiement ne compense pas cette rareté : l'avantage de la maison y dépasse généralement 10 %.
Existe-t-il une stratégie pour gagner au baccara ?
La question revient sans cesse, et la réponse honnête est non : aucune stratégie au baccara ne permet de battre durablement le casino dans la version punto banco, puisque toutes les décisions de tirage sont imposées par le règlement. Le parieur ne contrôle que deux choses, le camp sur lequel il mise et le montant engagé. D'un point de vue mathématique, le choix le moins coûteux consiste à miser sur le Banquier malgré la commission, et à éviter le pari sur l'égalité ainsi que les nombreux paris annexes proposés par certaines tables. Les méthodes de progression des mises, comme la martingale qui consiste à doubler après chaque perte, ne changent rien à l'avantage de la maison : elles déplacent seulement le risque, en multipliant les petits gains et en exposant à une perte importante le jour où la série défavorable dure trop longtemps, ou que le plafond de la table est atteint. Il en va de même des tableaux de scores où certains joueurs notent les résultats précédents pour y lire des tendances : les coups successifs sont pratiquement indépendants, et la loi des séries qu'on croit y deviner relève de l'illusion. Le baccara doit donc être vu comme un divertissement payant, à pratiquer avec un budget fixé à l'avance.
Le baccara dans la culture : James Bond, casinos et expressions
Le baccara doit une large part de son prestige à la littérature et au cinéma. Dans Casino Royale, le premier roman de Ian Fleming paru en 1953, James Bond affronte le redoutable Le Chiffre lors d'une longue partie de baccara chemin de fer, décrite avec un soin presque technique ; l'adaptation cinématographique de 2006 remplacera ce duel par une partie de poker, plus familière au public d'alors. Dès le premier film de la série, James Bond 007 contre Dr No, sorti en 1962, le héros se présente pour la première fois avec sa réplique devenue célèbre, « Bond, James Bond », à une table de chemin de fer où il fait la connaissance de Sylvia Trench, non pas une ennemie mais une joueuse élégante qui deviendra brièvement sa compagne. Cette association avec l'agent secret a durablement installé l'image d'un jeu chic, pratiqué en smoking dans des salons privés. Dans la réalité, le baccara est surtout devenu le grand jeu des casinos de Macao et d'Asie du Sud-Est, où il représente une part considérable des recettes, loin de l'image européenne. La langue, elle, a retenu son côté sombre : « faire baccara », c'est ne rien obtenir. Pour qui s'intéresse aux autres jeux de cartes où le calcul et le bluff comptent davantage, la comparaison avec le poker est éclairante, car ce dernier oppose réellement les joueurs entre eux.