La naturopathie est une pratique de soins non conventionnelle qui se donne pour objectif d'entretenir la santé et de prévenir les maladies par des moyens dits naturels : alimentation, activité physique, gestion du stress, sommeil, plantes, techniques manuelles ou respiratoires. Elle séduit de plus en plus de personnes qui souhaitent ralentir, se reconnecter à la nature et adopter un mode de vie plus sain, et elle se développe aux côtés d'autres approches de bien-être comme la sophrologie ou la réflexologie. Son discours repose sur l'idée que le corps possède une force d'autoguérison qu'il faudrait soutenir en entretenant son « terrain ». Une partie de ses conseils rejoint les recommandations de santé publique, ce qui explique leur intérêt, mais d'autres reposent sur des notions sans fondement scientifique, comme l'élimination de « toxines » par des cures, et certaines pratiques peuvent devenir risquées lorsqu'elles retardent un diagnostic ou remplacent un traitement. En France, la naturopathie n'est pas reconnue comme une profession de santé et le titre de naturopathe n'est pas protégé. Cette définition présente ses principes, son histoire, ses méthodes, ce qu'en dit la science, les précautions à prendre et la manière de consulter un naturopathe en connaissance de cause.

Qu'est-ce que la naturopathie ? Définition

La naturopathie, du latin natura et du grec pathos, souffrance, se définit comme un ensemble de méthodes visant à maintenir ou à rétablir l'équilibre de l'organisme par des moyens considérés comme naturels. Elle se présente comme une approche « globale » de la personne, attentive au mode de vie, à l'alimentation et aux émotions, et met l'accent sur la prévention plutôt que sur le traitement des maladies. Elle se pose volontiers en alternative ou en complément de la médecine conventionnelle, que ses promoteurs désignent souvent par l'allopathie, terme qui désigne la médecine fondée sur des traitements dont l'effet est opposé aux symptômes. La naturopathie ne constitue pas une discipline homogène : elle regroupe des pratiques variées selon les écoles et les pays, de la diététique à la phytothérapie en passant par l'hydrothérapie, les massages, la réflexologie ou des techniques dites énergétiques. L'Organisation mondiale de la santé la range parmi les médecines traditionnelles et complémentaires, sans pour autant valider ses méthodes. Dans certains pays, comme une partie des États-Unis et du Canada, les naturopathes disposent d'un statut encadré, alors qu'en France aucun diplôme d'État n'existe et que l'exercice n'est pas réglementé en tant que tel.

Infographie animée : les principes de la naturopathie dont les bénéfices sont établis (hygiène de vie) et ceux qui ne sont pas démontrés (détox, iridologie)Naturopathie : ce que dit la science des grands principesBénéfices bien établisNon démontré par la scienceAlimentation riche en végétauxActivité physique régulièreSommeil suffisantGestion du stress, relaxationArrêt du tabac, alcool limité?« Toxines » à éliminer?Cures détox, monodiètes?Bilan par l'iris (iridologie)?Guérir sans traitement?Remplacer la médecineLes conseils d'hygiène de vie rejoignent la prévention médicale ; les autres promesses restent sans preuve.
Les recommandations d'hygiène de vie de la naturopathie sont validées par ailleurs ; ses concepts propres, comme les « toxines » ou l'iridologie, n'ont pas de preuve scientifique.

D'où vient la naturopathie ? Histoire d'une pratique

Les défenseurs de la naturopathie aiment la rattacher à Hippocrate, médecin grec du Ve siècle avant notre ère, qui insistait sur l'importance du régime de vie et sur la capacité de la nature à guérir, idée résumée plus tard par la formule latine vis medicatrix naturae. Il est toutefois inexact d'en faire le fondateur de la naturopathie, qui est une pratique bien plus récente, et la célèbre phrase « que ton aliment soit ton médicament », souvent citée, ne figure pas telle quelle dans les écrits hippocratiques. La naturopathie moderne naît à la fin du XIXe siècle, dans le prolongement des mouvements de réforme de la vie allemands, de l'hydrothérapie de l'abbé Sebastian Kneipp et des cures par l'air, la lumière et l'eau. Le terme est popularisé aux États-Unis au tournant du XXe siècle par Benedict Lust, un immigré allemand qui fonde une école de naturopathie à New York. En France, la discipline se structure dans la seconde moitié du XXe siècle, notamment autour de Pierre-Valentin Marchesseau, qui en propose une version dite vitaliste, organisée autour de cures et de techniques codifiées. Elle connaît depuis un regain d'intérêt, porté par la recherche de solutions naturelles et une défiance envers certains aspects de la médecine moderne.

Quels sont les principes de la naturopathie ?

La naturopathie repose sur quelques idées directrices. La première est la confiance dans la force vitale de l'organisme, supposée capable de se défendre et de se réparer si on lui en donne les moyens. La deuxième est la notion de terrain : la santé dépendrait avant tout de l'état général de la personne, de ses habitudes et de sa constitution, plutôt que des agents extérieurs comme les microbes. La troisième est la théorie de la « surcharge » : une alimentation déséquilibrée, le stress ou la pollution provoqueraient l'accumulation de déchets et de toxines, à l'origine des maladies. De ces principes découlent les grandes règles mises en avant : une alimentation de qualité et diversifiée, la « détoxification » de l'organisme, l'activité physique et la relaxation, et l'équilibre émotionnel. Dans l'approche vitaliste française, le naturopathe propose des cures successives, de désintoxication, de revitalisation puis de stabilisation, et recourt à diverses techniques : diététique, exercice, hydrologie, plantes, massages, réflexologie, respiration, parfois magnétisme ou iridologie pour établir un « bilan de vitalité ». Si l'importance du mode de vie est reconnue par la médecine, les notions de force vitale et de toxines accumulées ne correspondent à aucune réalité biologique démontrée.

L'alimentation en naturopathie

L'hygiène alimentaire est présentée comme la base de la naturopathie. Le naturopathe recommande en général de privilégier les aliments peu transformés et à haute valeur nutritive, en accordant une place importante aux aliments végétaux : légumes, fruits, graines germées, souvent qualifiés d'« aliments vivants » et censés représenter la moitié de chaque repas. Viennent ensuite les protéines, de préférence issues des petits poissons gras riches en oméga-3, comme la sardine ou le maquereau, des œufs et des viandes blanches, la viande rouge étant réservée à une consommation occasionnelle. Les légumineuses, les céréales de préférence complètes et les huiles de bonne qualité complètent l'assiette. Ces conseils sont globalement cohérents avec les recommandations nutritionnelles officielles, qui encouragent elles aussi à manger davantage de fruits, de légumes, de légumineuses et de céréales complètes, et à limiter la viande rouge, la charcuterie et les produits ultra-transformés. Les difficultés apparaissent avec certaines règles plus spécifiques et non démontrées, comme les associations alimentaires strictes, l'éviction systématique du gluten ou des produits laitiers sans raison médicale, ou les régimes très restrictifs qui peuvent entraîner des carences, en particulier chez l'enfant, la femme enceinte, la personne âgée ou la personne malade.

alimentation saine en naturopathie
Alimentation saine

Détox, jeûne et monodiète en naturopathie : que dit la science ?

La détoxification occupe une place centrale dans le discours naturopathique : il faudrait purifier régulièrement l'organisme de ses déchets, au moyen de cures pratiquées au moins une fois par an. Les formes proposées sont variées : la monodiète, qui consiste à ne consommer qu'un seul aliment pendant une durée plus ou moins longue, les cures de jus de légumes sans aliment solide, le « drainage » par des tisanes de plantes comme le pissenlit, le chardon-Marie, la bardane ou l'artichaut, ou encore le jeûne. Ces pratiques ne reposent sur aucune démonstration scientifique : les « toxines » invoquées ne sont jamais précisément identifiées, et l'organisme dispose déjà de ses propres systèmes d'élimination, le foie, les reins, les poumons, l'intestin et la peau, qui fonctionnent en permanence sans avoir besoin de cure. Une monodiète prolongée de plusieurs semaines expose à des carences, une cure de jus apporte beaucoup de sucres et peu de protéines, certaines plantes peuvent interagir avec des médicaments. Le jeûne fait l'objet de recherches sérieuses, mais il est contre-indiqué en cas de diabète traité, de grossesse, de dénutrition, de troubles du comportement alimentaire et de nombreuses maladies, et ne doit jamais être entrepris sans avis médical lorsqu'il se prolonge.

Pratique proposéePrincipe revendiquéÉtat des connaissances
Cure « détox »Éliminer des toxines accumuléesAucune toxine précise identifiée ni éliminée ; le foie et les reins assurent déjà cette fonction
MonodièteReposer la digestion en ne mangeant qu'un alimentPas de bénéfice démontré ; risque de carences si elle se prolonge
Cure de jusApporter des nutriments sans solidesPauvre en protéines et en fibres, riche en sucres ; pas d'effet « purifiant » prouvé
Tisanes « drainantes »Stimuler le foie et les reinsEffets cliniques non établis ; interactions possibles avec certains médicaments
JeûneRégénérer l'organismeRecherches en cours sur certaines formes de jeûne ; contre-indiqué dans de nombreuses situations, avis médical indispensable
Hygiène de vie (alimentation, activité, sommeil)Entretenir la santéBénéfices solidement démontrés, identiques aux recommandations de santé publique

Activité physique, sommeil et équilibre émotionnel

Les autres piliers de la naturopathie rejoignent largement les recommandations de la médecine. La pratique d'une activité physique quotidienne et la lutte contre la sédentarité sont parmi les mesures de prévention les mieux établies, bénéfiques pour le cœur, le métabolisme, les os, le moral et le sommeil. Un sommeil de qualité, indispensable pour « recharger les batteries », fait lui aussi l'objet d'un large consensus. La naturopathie insiste enfin sur l'équilibre émotionnel : gestion du stress, relaxation, méditation, sophrologie ou psychothérapie sont souvent conseillées pour mieux vivre les tensions du quotidien. L'effet du stress chronique sur la santé est bien documenté, avec des conséquences possibles sur le sommeil, la tension artérielle ou certains troubles digestifs. Il faut en revanche se méfier des raccourcis qui attribuent les maladies à des pensées négatives ou à une « somatisation » : laisser entendre qu'une personne est responsable de sa maladie parce qu'elle n'a pas assez pris soin d'elle ou n'a pas eu un esprit assez positif est inexact et culpabilisant. Les maladies ont des causes multiples, génétiques, environnementales, infectieuses, sociales, sur lesquelles le mode de vie n'agit que partiellement, et la meilleure hygiène de vie ne garantit pas de ne jamais tomber malade.

activite physique
Avoir une activité physique

La naturopathie est-elle efficace et sans danger ?

L'efficacité de la naturopathie en tant que méthode globale n'a pas été démontrée par des études de bonne qualité. Les bénéfices ressentis par les personnes qui consultent peuvent s'expliquer par l'adoption de meilleures habitudes de vie, dont les effets sont réels et documentés, par le temps d'écoute accordé, par l'évolution naturelle de certains troubles et par l'effet placebo. En revanche, les notions propres à la discipline, comme les toxines, la force vitale ou le bilan de l'iris, ne reposent sur aucune preuve. La naturopathie peut présenter des risques lorsqu'elle sort du simple conseil d'hygiène de vie. Le principal est le retard de diagnostic : attribuer des symptômes persistants à une « surcharge » et les traiter par une cure peut retarder la découverte d'une maladie sérieuse. D'autres dangers tiennent aux jeûnes ou régimes restrictifs mal encadrés, aux interactions entre plantes et médicaments (le millepertuis, par exemple, diminue l'efficacité de nombreux traitements, dont certains contraceptifs) et surtout à l'arrêt d'un traitement efficace sur les conseils d'un praticien. La naturopathie ne remplace jamais un traitement médical. Des symptômes inhabituels, une perte de poids inexpliquée, une fièvre persistante ou une douleur qui dure doivent toujours conduire chez un médecin, et l'urgence relève du 15 ou du 112.

Infographie animée listant les signaux d'alerte devant faire se méfier d'un praticien de naturopathieLes signaux d'alerte chez un praticien!Promet de guérir une maladie grave!Conseille d'arrêter un traitement!Dénigre les médecins ou les vaccins!Vend ses propres produits ou cures!Propose un jeûne long sans suivi!Pose un « diagnostic »Un seul signe suffità justifier la prudence
Ces comportements doivent alerter : un naturopathe ne pose pas de diagnostic et ne doit jamais éloigner d'un traitement médical.

Naturopathie et dérives : les signaux d'alerte

Comme d'autres pratiques non conventionnelles, la naturopathie fait l'objet d'une vigilance particulière des autorités, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) signalant régulièrement des situations problématiques dans le domaine de la santé et du bien-être. La grande majorité des naturopathes ne sont pas concernés, mais quelques signaux doivent alerter. Un praticien qui promet de guérir une maladie grave, comme un cancer, un diabète ou une maladie auto-immune, qui conseille d'arrêter ou de réduire un traitement prescrit, qui dénigre les médecins, les examens ou les vaccins, qui pose un « diagnostic » ou prétend détecter des maladies par des méthodes non validées, sort de son rôle. La vente insistante de produits, de compléments ou de stages coûteux, l'incitation à des jeûnes prolongés sans suivi médical, ou une volonté d'isoler la personne de son entourage sont d'autres signes inquiétants. Les personnes vulnérables, atteintes d'une maladie grave, âgées, enceintes ou en grande détresse psychologique, sont les plus exposées. En cas de doute, il est utile d'en parler à son médecin traitant ou à un pharmacien, et de signaler les situations préoccupantes aux autorités compétentes, notamment à la Miviludes.

Consulter un naturopathe : formation, déroulement et précautions

En France, le naturopathe n'est pas un professionnel de santé : il n'existe pas de diplôme d'État, et les formations, dispensées par des écoles privées, sont de durée et de contenu très variables. Certaines délivrent des certifications professionnelles, qui attestent d'un parcours de formation mais ne valent pas reconnaissance d'une efficacité thérapeutique. Une consultation dure en général une à deux heures : le praticien interroge la personne sur son mode de vie, son alimentation, son sommeil, son stress et ses antécédents, puis propose un programme d'hygiène de vie comprenant des conseils alimentaires, des exercices, parfois des plantes ou des compléments. Ces séances ne sont pas remboursées par l'Assurance maladie, mais certaines mutuelles prévoient un forfait pour les médecines dites douces. Pour en tirer un bénéfice sans prendre de risque, il est conseillé d'informer son médecin traitant de la démarche, de ne jamais modifier un traitement sans son avis, de signaler au naturopathe ses maladies et médicaments, et de rester critique face aux promesses et aux produits proposés. Utilisée comme un accompagnement vers de meilleures habitudes, dans le respect du suivi médical, la naturopathie peut trouver sa place parmi d'autres approches de bien-être, à l'image de la sophrologie, souvent associée à la gestion du stress.