Le mot pandémie est entré dans le vocabulaire de tous en 2020, avec la propagation mondiale de la Covid-19, mais il désigne une réalité aussi ancienne que l'histoire des sociétés humaines. Une pandémie est une épidémie d'ampleur mondiale, qui s'étend sur plusieurs continents et touche un très grand nombre de personnes. Peste noire au Moyen Âge, choléra au XIXe siècle, grippe dite espagnole à la fin de la Première Guerre mondiale, VIH-sida depuis les années 1980 : chaque époque a connu ses pandémies, avec des conséquences sanitaires, économiques et sociales souvent considérables. Comprendre ce que recouvre exactement ce terme permet de mieux suivre l'actualité sanitaire, de distinguer pandémie, épidémie et endémie, et de saisir pourquoi les gestes barrières, la vaccination et la surveillance internationale jouent un rôle si important. Cet article explique la signification du mot pandémie, son origine, la manière dont naît une pandémie, les grandes pandémies de l'histoire, l'exemple récent de la Covid-19, l'organisation de la réponse sanitaire et les moyens de se protéger, individuellement et collectivement, face à la propagation d'un virus.
Que veut dire pandémie ? Définition et étymologie
Le mot pandémie vient du grec pan, « tout », et dêmos, « peuple » : il évoque une maladie qui touche « tout le peuple », c'est-à-dire l'ensemble ou une très grande partie de la population. En épidémiologie, une pandémie est une épidémie qui se propage à l'échelle internationale, sur une zone géographique très étendue couvrant plusieurs continents, et qui atteint un grand nombre de personnes. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) parle de pandémie lorsqu'une maladie nouvelle, contre laquelle la population n'est pas immunisée, se transmet de façon durable entre humains dans plusieurs régions du monde, et non plus seulement par des cas importés. Il s'agit avant tout d'un critère d'extension géographique : une pandémie n'est pas forcément très meurtrière, comme l'a montré la grippe A(H1N1) de 2009, globalement moins grave que ce que l'on redoutait. À l'inverse, une épidémie localisée peut être très sévère sans devenir une pandémie. La crise de la Covid-19 a toutefois rappelé qu'une pandémie due à un virus respiratoire nouveau peut saturer les hôpitaux et bouleverser la vie quotidienne de milliards de personnes en quelques semaines.
Endémie, épidémie, pandémie : quelles différences ?
Les termes utilisés pour décrire la diffusion d'une maladie forment une échelle. Une endémie désigne la présence habituelle et relativement stable d'une maladie dans une région donnée, comme le paludisme dans certaines zones tropicales : la maladie y est installée, avec un nombre de cas prévisible. Une épidémie correspond à une augmentation inhabituelle et rapide du nombre de cas dans une zone et pendant une période déterminées, par exemple la grippe saisonnière chaque hiver en France ou une flambée de rougeole dans une région. La pandémie est une épidémie qui franchit les frontières et s'étend à plusieurs continents. Ces catégories ne sont pas figées : une maladie peut passer de l'une à l'autre. Une épidémie locale peut devenir pandémique si l'agent infectieux se transmet facilement et voyage avec les humains ; une pandémie peut, avec le temps et l'immunité acquise par la population, devenir endémique, c'est-à-dire continuer à circuler de façon plus régulière et moins explosive. On rencontre aussi le terme de syndémie, proposé par certains chercheurs pour décrire l'interaction entre plusieurs maladies et des inégalités sociales qui s'aggravent mutuellement. Le tableau ci-dessous résume ces notions.
| Terme | Ce qu’il désigne | Exemple |
|---|---|---|
| Cas sporadique | Cas isolés, sans lien entre eux | Quelques cas de légionellose dans un pays |
| Endémie | Présence habituelle et durable d’une maladie dans une région | Paludisme dans certaines zones tropicales |
| Épidémie | Augmentation inhabituelle du nombre de cas dans une zone et une période données | Grippe saisonnière en hiver, rougeole dans une région |
| Pandémie | Épidémie qui s’étend à plusieurs continents et touche un très grand nombre de personnes | Grippe espagnole, Covid-19 |
| Syndémie | Interaction de plusieurs maladies et facteurs sociaux qui s’aggravent mutuellement | Notion utilisée par certains chercheurs à propos de la Covid-19 |
Comment naît une pandémie ?
Une pandémie survient lorsque plusieurs conditions sont réunies. Il faut d'abord un agent infectieux nouveau ou profondément modifié, face auquel la population ne possède pas d'immunité : un virus grippal issu d'un réassortiment entre souches animales et humaines, un coronavirus jusque-là inconnu, ou une bactérie qui se répand dans des populations jamais exposées. Une grande partie des maladies émergentes sont des zoonoses, c'est-à-dire des infections transmises des animaux à l'être humain, à la faveur de contacts plus étroits avec la faune sauvage ou les élevages. Il faut ensuite que l'agent se transmette efficacement d'une personne à l'autre, par exemple par voie respiratoire, et qu'un malade contamine en moyenne plus d'une personne, ce que les épidémiologistes mesurent avec le taux de reproduction. La transmission par des personnes qui ne présentent pas encore de symptômes, ou peu, complique encore le contrôle. Enfin, les déplacements humains font le reste : avec le transport aérien et l'intensité des échanges internationaux, un virus peut aujourd'hui atteindre tous les continents en quelques semaines, là où les grandes épidémies du passé suivaient le rythme des caravanes et des navires.
Les grandes pandémies de l'histoire
L'histoire est jalonnée de pandémies qui ont marqué les sociétés. La peste dite de Justinien, au VIe siècle, puis la peste noire du XIVe siècle, venue d'Asie par les routes commerciales, ont tué une part considérable de la population européenne et profondément transformé l'économie et les mentalités. Au XIXe siècle, plusieurs pandémies de choléra parties d'Asie du Sud ont touché l'Europe et l'Amérique, favorisant les grands travaux d'assainissement et la naissance de la santé publique moderne. La grippe espagnole de 1918-1919, survenue à la fin de la Première Guerre mondiale, est considérée comme l'une des plus meurtrières de l'histoire, avec des dizaines de millions de morts selon les estimations. D'autres pandémies grippales ont suivi, en 1957 et 1968, puis la grippe A(H1N1) en 2009. Depuis les années 1980, l'épidémie de VIH-sida a pris une dimension mondiale et reste un enjeu majeur, même si les traitements ont transformé le pronostic des personnes qui y ont accès. Ces épisodes montrent que les pandémies ne sont pas des accidents exceptionnels, mais des événements récurrents, auxquels les progrès de l'hygiène, des vaccins, des antibiotiques et de la surveillance ont permis de mieux faire face.
La pandémie de Covid-19, un exemple récent
La pandémie de Covid-19 est due à un coronavirus nouveau, le SARS-CoV-2, identifié en Chine à la fin de l'année 2019. Le virus s'est propagé très rapidement, en particulier par voie respiratoire, à travers les gouttelettes et les aérosols émis en parlant, en toussant ou en respirant, et l'OMS a qualifié la situation de pandémie en mars 2020. En quelques mois, tous les continents habités ont été touchés. La maladie, souvent bénigne, pouvait aussi provoquer des formes graves, en particulier chez les personnes âgées et celles souffrant de certaines maladies chroniques ou d'obésité, et elle a causé un très grand nombre de décès dans le monde. Pour freiner la circulation du virus et éviter la saturation des hôpitaux, de nombreux pays ont imposé des mesures inédites : confinements, fermetures d'établissements, port du masque obligatoire, limitation des déplacements, tests et isolement des cas. L'arrivée des vaccins, à partir de la fin de l'année 2020, a permis de réduire fortement les formes graves. En 2023, l'OMS a mis fin à l'urgence de santé publique de portée internationale, tout en rappelant que le virus continuait de circuler. Cette pandémie a laissé des traces durables sur la santé, l'économie, l'éducation et la santé mentale.
Qui gère une pandémie ? Le rôle de l'OMS et des autorités de santé
La réponse à une pandémie s'organise à plusieurs niveaux. À l'échelle internationale, l'Organisation mondiale de la santé coordonne la surveillance des maladies, alerte les États, publie des recommandations et peut déclarer une urgence de santé publique de portée internationale, dans le cadre du Règlement sanitaire international qui oblige les pays à signaler certains événements sanitaires. Les États membres de l'OMS ont également négocié un accord international destiné à mieux prévenir les pandémies et à partager plus équitablement vaccins et traitements. À l'échelle nationale, en France, le ministère chargé de la santé, Santé publique France, les agences régionales de santé et les hôpitaux mettent en œuvre les plans de préparation, organisent la surveillance épidémiologique, les stocks de matériel, la vaccination et l'information du public. La recherche joue aussi un rôle décisif, pour identifier rapidement l'agent en cause, mettre au point des tests, des traitements et des vaccins. Les épidémiologistes défendent par ailleurs l'approche dite « Une seule santé », qui relie santé humaine, santé animale et environnement, car la surveillance des maladies animales et la préservation des écosystèmes contribuent à limiter le risque d'émergence de nouveaux virus.
Comment se protéger lors d'une pandémie ?
Face à une pandémie de virus respiratoire, chacun peut contribuer à ralentir la propagation grâce aux gestes barrières, simples mais efficaces lorsqu'ils sont largement adoptés : se laver régulièrement les mains à l'eau et au savon ou avec une solution hydroalcoolique, tousser ou éternuer dans son coude, utiliser des mouchoirs à usage unique, porter un masque dans les situations à risque, aérer régulièrement les pièces et éviter les contacts rapprochés lorsque l'on est malade. La vaccination, lorsqu'elle est disponible, protège contre les formes graves et réduit la pression sur le système de soins ; elle concerne en priorité les personnes les plus vulnérables. En cas de symptômes, il est conseillé de se tester selon les recommandations en vigueur, de s'isoler pour protéger son entourage et de contacter son médecin. Les signes de gravité, comme un essoufflement important, une douleur thoracique, une confusion ou des lèvres bleutées, imposent d'appeler le 15. Ces mesures n'ont pas pour but de protéger seulement soi-même : en limitant la circulation du virus, elles protègent les personnes âgées, immunodéprimées ou atteintes de maladies chroniques, pour qui l'infection présente le plus de risques.
Des protections complémentaires dans les lieux publics
Lors de la pandémie de Covid-19, les gestes barrières ont été complétés par des protections matérielles, en particulier dans les établissements recevant du public. Les vitres et écrans en Plexiglas se sont multipliés aux caisses des magasins, aux guichets, à l'accueil des établissements de santé et des administrations, afin de limiter la projection de gouttelettes entre le personnel et le public. Les visières en plastique ont équipé certaines professions particulièrement exposées, comme les dentistes ou les soignants au contact de patients contaminés, en complément du masque. Les entreprises de fabrication de plastique ont dû s'adapter rapidement en proposant aussi des solutions pour les transports, avec par exemple une cloison de séparation pour voiture comme ici, destinée aux chauffeurs de taxi, de VTC ou d'ambulance qui transportent de nombreux passagers. Ces équipements ont un intérêt contre les projections directes, mais ils ne protègent pas des aérosols qui restent en suspension dans l'air, d'où l'importance de l'aération et du masque. Ils rappellent surtout que le virus pouvait être transmis par des personnes sans symptômes, que l'on qualifie d'asymptomatique, ce qui justifiait de protéger chacun sans attendre de savoir qui était malade.
C.S