Le faucheux est ce petit animal aux pattes interminables que l’on croise en été dans les jardins, sur les murs ou dans les herbes hautes, et qui avance en se balançant comme s’il était suspendu à des échasses. Souvent pris pour une araignée, il appartient en réalité à un groupe distinct d’arachnides, les opilions, qui compte plusieurs milliers d’espèces dans le monde et n’a ni soie, ni toile, ni venin. Son corps globuleux d’une seule pièce, ses deux yeux perchés sur une petite bosse et ses pattes fines, qu’il peut abandonner pour échapper à un prédateur, en font une créature singulière, parfaitement inoffensive pour l’être humain. Le mot pose pourtant un petit problème de vocabulaire, car l’usage courant l’applique aussi à une véritable araignée des maisons, le pholque, et même à un insecte volant, la tipule, tous dotés de longues pattes grêles. Cette définition fait le point sur ce qu’est un faucheux au sens propre, sur l’origine de son nom, sur les animaux avec lesquels on le confond, sur son mode de vie et sur les idées reçues qui l’entourent, avant d’aborder la place de ces petites bêtes dans nos peurs et dans le jardin, en lien avec l’arachnophobie.

Qu’est-ce qu’un faucheux ? Définition de l’opilion

Au sens strict, un faucheux est un opilion, c’est-à-dire un arachnide de l’ordre des Opiliones, aussi appelé faucheur ou faucheuse selon les régions. Comme tous les arachnides, il possède un squelette externe, quatre paires de pattes articulées et des pièces buccales en forme de pinces, les chélicères, mais il se distingue nettement des araignées : chez lui, le céphalothorax et l’abdomen sont soudés en un corps unique ovale, sans la fine taille qui sépare les deux parties du corps d’une araignée. Il n’a que deux yeux, portés par un petit tubercule au sommet du corps, et sa vue est médiocre ; il explore surtout son environnement grâce à sa deuxième paire de pattes, particulièrement longue, qu’il utilise comme des antennes. Le groupe rassemble plus de six mille espèces décrites, présentes sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique et particulièrement diversifiées sous les tropiques, où certaines arborent des couleurs vives et des épines. En Europe, on en compte plusieurs centaines, dont le corps ne mesure souvent que quelques millimètres, alors que les pattes peuvent dépasser plusieurs centimètres. D’autres arachnides, comme l’araignée sauteuse, ont fait au contraire le choix de pattes courtes et d’une vue perçante.

Comparaison illustrée entre un faucheux, au corps d’une seule pièce avec deux yeux, et une araignée, au corps en deux parties avec six à huit yeux et des glandes à soieFaucheux (opilion)AraignéeCorps d’une seule pièce2 yeuxPattes très longuesTaille fine6 à 8 yeuxSoie, venin
Le faucheux n’est pas une araignée : corps globuleux d’une seule pièce, deux yeux, ni soie ni venin.

Faucheux ou araignée : quelles différences ?

La confusion entre le faucheux et l’araignée est si répandue que de nombreux ouvrages populaires parlent encore « d’araignées faucheuses ». Plusieurs critères permettent pourtant de les distinguer au premier coup d’œil. La forme du corps est le plus simple : un petit grain de café d’une seule pièce chez l’opilion, deux parties nettement séparées chez l’araignée. Le nombre d’yeux est un autre indice, deux chez le faucheux contre six ou huit chez la plupart des araignées. Surtout, l’opilion ne possède ni glandes à soie ni filières : il est incapable de tisser la moindre toile, et un « faucheux » que l’on voit immobile au centre d’une toile dans le coin d’un plafond est en réalité un pholque. Il n’a pas non plus de crochets venimeux, et se nourrit en déchiquetant ses aliments avec ses chélicères plutôt qu’en injectant des sucs digestifs comme le font les araignées. Sa respiration passe par des trachées, et sa reproduction se fait par un accouplement direct, alors que les araignées mâles transfèrent leur semence à l’aide de leurs pédipalpes. Ces différences anatomiques montrent que les opilions forment une lignée à part, dont les plus proches parents font encore débat chez les spécialistes des arachnides.

toile d'araignée

Pourquoi l’appelle-t-on « faucheux » ? Étymologie et autres noms

Le nom de faucheux vient du verbe faucher et de l’ancien métier de faucheur, celui qui coupait le foin ou les blés à la faux. Deux explications se complètent : l’animal devient très visible à la fin de l’été, au moment des fenaisons et des moissons, et le mouvement de ses longues pattes qui balaient le sol rappelle le geste ample du faucheur. On dit aussi faucheur ou faucheuse, et chaque région a ses variantes populaires. Le terme savant d’opilion vient du latin opilio, « berger », un nom qui fait sans doute allusion aux bergers de certaines régions, comme les Landes, qui surveillaient leurs troupeaux perchés sur des échasses, silhouette que rappellent les longues pattes de l’animal. L’anglais désigne d’ailleurs les opilions sous les noms de harvestmen, « moissonneurs », ou de daddy longlegs, « papa longues-jambes », une expression qui s’applique selon les pays aux opilions, aux pholques ou aux tipules, exactement comme notre faucheux. Le nom scientifique de l’ordre, Opiliones, reprend la racine latine. Ces appellations variées expliquent en grande partie les confusions entre animaux différents qui se sont installées dans la langue courante.

Faucheux, pholque et tipule : trois « faucheux » à ne pas confondre

Dans la langue de tous les jours, le mot faucheux recouvre au moins trois animaux bien différents. Le premier est l’opilion, le seul vrai faucheux pour les naturalistes, qui vit surtout dehors, au sol, dans la végétation, sous les pierres ou sur les murs, et se montre plutôt la nuit. Le deuxième est le pholque, une véritable araignée au corps allongé et aux pattes extrêmement fines, très fréquente dans les maisons, les caves et les garages, où elle tend une toile lâche et irrégulière dans les angles des plafonds ; dérangée, elle fait vibrer sa toile si vite qu’elle en devient floue. Le troisième n’est même pas un arachnide : la tipule, parfois appelée cousin, est un insecte volant qui ressemble à un moustique géant, avec deux ailes, six pattes démesurées et fragiles, et qui entre souvent dans les maisons attiré par la lumière. Contrairement à une idée reçue, elle ne pique pas. Le tableau et l’illustration ci-dessous résument les critères qui permettent de reconnaître ces trois animaux, utiles pour savoir à qui l’on a affaire lorsqu’on parle d’un faucheux dans une conversation.

CritèreOpilion (vrai faucheux)PholqueTipule
GroupeArachnide, ordre des OpilionsArachnide, araignéeInsecte, diptère
Pattes8, très longues8, très longues6, très longues
CorpsUne seule pièce globuleuseDeux parties séparées par une tailleTête, thorax, abdomen allongé
Soie et toileAucuneToile irrégulièreAucune
VeninAucunOui, inoffensif pour l’hommeAucun
AilesNonNonDeux ailes
Trois animaux appelés faucheux en français courant : l’opilion, le pholque, araignée à toile, et la tipule, insecte volantOpilionarachnide, sans toileau sol, sur les mursPholquevraie araignée à toilecoins des maisonsTipuleinsecte à 6 pattesvole, ailes fines
Le mot « faucheux » désigne surtout l’opilion, mais on l’emploie aussi pour le pholque des maisons et pour la tipule.

Comment vit le faucheux ? Alimentation et défenses

Le faucheux est un omnivore opportuniste, ce qui est rare chez les arachnides, presque tous strictement carnivores. Il se nourrit de petits invertébrés qu’il capture vivants, pucerons, acariens, petits insectes et larves, mais aussi d’animaux morts, de champignons, de fientes et parfois de fruits très mûrs ou de matières végétales en décomposition. Contrairement aux araignées, il peut avaler de petits morceaux solides, qu’il découpe avec ses chélicères. Pour échapper à ses nombreux prédateurs, oiseaux, araignées, petits mammifères, il dispose de plusieurs stratégies de défense. Il sécrète par deux glandes situées sur les côtés du corps un liquide à l’odeur désagréable qui décourage certains agresseurs. Il peut aussi se figer et faire le mort, ou au contraire se mettre à osciller rapidement sur ses pattes pour brouiller sa silhouette. Sa défense la plus spectaculaire est l’autotomie : saisi par une patte, il l’abandonne volontairement, et le membre détaché continue à tressauter pendant plusieurs secondes, voire plusieurs minutes, détournant l’attention du prédateur. La patte perdue ne repousse pas, mais beaucoup de faucheux vivent très bien avec sept pattes, voire moins, à condition de garder celles qui leur servent à palper le terrain.

La reproduction du faucheux

La reproduction du faucheux diffère de celle des araignées. Le mâle possède un véritable organe copulateur, et l’accouplement se fait face à face, les deux partenaires s’agrippant par leurs pièces buccales et leurs pédipalpes. Chez certaines espèces, les mâles offrent un cadeau nuptial sous la forme d’une sécrétion nutritive, ou se disputent l’accès aux femelles grâce à des chélicères surdimensionnées. Quelques espèces se reproduisent même sans mâle, par parthénogenèse, les femelles pondant des œufs qui se développent sans fécondation. La femelle dépose ses œufs dans le sol, la mousse, les fissures du bois ou sous les pierres grâce à un long tube de ponte, l’ovipositeur, qui lui permet de les cacher à l’abri. Les jeunes qui éclosent ressemblent à des adultes en miniature et grandissent en muant plusieurs fois. En Europe, la plupart des espèces ne vivent qu’une saison et meurent avec les premiers froids, après avoir pondu, mais certaines passent l’hiver à l’état adulte et peuvent vivre plus longtemps. Chez quelques espèces tropicales, les mâles gardent les œufs, un soin parental rare chez les arachnides. C’est en fin d’été et en automne que les adultes sont les plus nombreux, d’où leur association avec les moissons.

Le faucheux est-il dangereux ? Idées reçues

Le faucheux est totalement inoffensif pour l’être humain. Il ne possède aucune glande à venin, ses chélicères sont bien trop petites pour percer la peau, et il ne cherche jamais à mordre. Une légende urbaine très répandue affirme pourtant que le faucheux serait « l’animal le plus venimeux du monde », mais que ses crochets seraient trop courts pour nous atteindre. Cette affirmation est fausse à double titre : l’opilion n’a pas de venin du tout, et le pholque, l’araignée des maisons à laquelle la rumeur s’applique aussi, possède bien un venin, efficace sur les insectes, mais sans danger notable pour l’homme, même si ses crochets peuvent en théorie traverser une peau fine. Autre idée reçue : les faucheux seraient des parasites ou porteurs de maladies. Il n’en est rien. Au contraire, ces petits animaux sont plutôt utiles dans la maison comme au jardin. Le pholque capture mouches, moustiques et même d’autres araignées, tandis que l’opilion participe au recyclage de la matière organique et consomme de petits ravageurs. La meilleure attitude face à un faucheux est donc de le laisser tranquille, ou de le déposer délicatement dehors à l’aide d’un verre et d’une feuille de papier si sa présence dérange vraiment.

cultiver des araignées

Faucheux, araignées et arachnophobie

Pour beaucoup de personnes, le faucheux suscite le même malaise que les araignées, au point d’être concerné par l’arachnophobie, la peur intense et irrationnelle des araignées et, plus largement, des animaux qui leur ressemblent. C’est l’une des phobies animales les plus fréquentes, et elle peut aller d’une simple répulsion à des réactions de panique qui compliquent la vie quotidienne, comme l’impossibilité d’entrer dans une cave ou de dormir dans une pièce où l’on a vu une araignée. À l’opposé, certaines personnes éprouvent une véritable fascination pour ces animaux, parfois qualifiée d’arachnophilie : elles les observent, les photographient, les étudient ou en élèvent comme animaux de compagnie, en particulier de grandes mygales de la famille des théraphosidés, qui exigent toutefois des connaissances précises et un terrarium adapté. Lorsque la peur devient handicapante, des traitements efficaces existent. La thérapie d’exposition, souvent intégrée à une thérapie cognitive et comportementale, consiste à se confronter progressivement à l’objet de la peur, d’abord en images, puis à distance, jusqu’à pouvoir supporter la présence de l’animal. Mieux connaître des créatures aussi inoffensives que le faucheux est souvent une première étape pour apprivoiser cette peur.

Le faucheux, un allié discret du jardin

Dans un jardin naturel, le faucheux fait partie de la petite faune qui contribue à l’équilibre de l’écosystème sans que l’on s’en aperçoive. En consommant des pucerons, des acariens, de petites chenilles et des œufs d’insectes, il participe modestement à la régulation des ravageurs, tandis qu’en se nourrissant de cadavres et de débris végétaux, il accélère le recyclage des matières qui enrichissent le sol. Il sert lui-même de nourriture à de nombreux oiseaux, à des crapauds, à des musaraignes et à d’autres invertébrés, et occupe donc une place dans de nombreuses chaînes alimentaires. Pour favoriser sa présence, il suffit de laisser quelques zones moins entretenues, des tas de bois, des pierres, une haie, une bande d’herbes hautes et un peu de litière de feuilles, et surtout de limiter l’emploi de pesticides, qui touchent indistinctement toutes ces petites bêtes. Les opilions sont d’ailleurs considérés par certains scientifiques comme des indicateurs de la qualité des milieux, car beaucoup d’espèces sont sensibles à l’assèchement et à la disparition des abris. Le faucheux rejoint ainsi la longue liste des auxiliaires du jardinier, aux côtés d’autres chasseurs remarquables comme la mante religieuse, prédatrice à l’affût d’une tout autre envergure.